10/07/2010

Biélorussie: « Back in the capitalist USSR »

Biélorussie: « Back in the <i>capitalist</i> USSR »

Depuis le temps que je rêvais d’y aller, de voir à quoi ressemblait la dernière dictature d’Europe, de voir ce pays dont l’UE se contrefout bien qu‘étant à ses portes, de me forger ma propre opinion, de discuter avec des gens qui y vivent au quotidien …

Peu de touristes vont en Biélorussie: le pays est méconnu, les visas chers et pénibles à obtenir, le climat  pas forcément attractif, sa réputation n’est pas des meilleures, il n’y a absolument aucune infrastructure touristique, peu de gens parlent anglais… bref aucun intérêt. D’où l’intérêt.

Le contrôle douanier se fait en 4 étapes : contrôle du passeport, contrôle du bus, contrôle du passeport bis, contrôle des bagages. Lors de ce dernier, un policier me demande « Што гэта ?», mon niveau de russe est suffisant pour comprendre qu’il veut savoir ce que contient mon sac, je prends soin de répondre en anglais pour couper court aux explications, ça marche, il répond « oh » comprenant qu’il s’adresse à un touriste et change d‘avis quant à la fouille de mon sac. Pas de contrôle pour moi! Même les douaniers sont surpris de voir un touriste, je jubile :)
Le simple fait de m’avoir entendu parler anglais suffit d’ailleurs à intriguer un biélorusse voyageant avec moi; il me demande d’où je viens,  nous tapons la causette, me dit qu’il ne voit jamais de touristes ici et que je vais être dépaysé. Oué, j’attends de  voir.

Voir toutes les photos  de Biélorussie (Minsk, Brest)

Pour obtenir un visa en Biélorussie, il faut bien évidemment renseigner les autorités sur votre lieu d’hébergement au préalable, puis aller s’enregistrer dans les 72h suivant votre arrivée, dans un bureau officiel. Soyons clair, si vous ne parlez pas russe ou n‘êtes pas aidé par des locaux, il est impossible de remplir cette formalité, importante si vous voulez éviter les soucis. J’avais fourni l’adresse de Elena, mon hôte biélorusse à Minsk rencontrée comme toujours via couchsurfing.
Arrivé à la gare et Elena travaillant jusqu’à 20h, je vais devoir patienter un peu plu d’une heure. Qu’importe, c’est l’occasion parfaite pour me familiariser avec mon nouveau pays d‘accueil, regarder, voire dévisager ces gens que je n’ai jamais eu la chance de rencontrer.

20 minutes après mon arrivée, je suis dérangé en plein travail d’évaluation critique de mini jupes et de talons hauts, par 4 jeunes. Interloqués par mon sac à dos, ils s’approchent et me demandent en russe sa contenance: je réponds « 68 Litres » en anglais et la conversation s’engage pour 1h. Ils parlent très correctement la langue de Shakespeare, les questions sont les mêmes que souvent (d’où tu viens, pour combien de temps etc…) mais il est vraiment plaisant d’y répondre vu leur état d’esprit.

Voir toutes les photos  de Biélorussie (Minsk, Brest)

Je trouve quand même extraordinaire ces gens, qui, bien que ne pouvant pas quitter leur pays, s’ouvrent  si facilement à l’étranger, voire mieux, viennent lui faire la causette sur un bout de trottoir, tout en lui offrant des chocolats et un endroit ou dormir si besoin est. Génial, j’adore déjà ce pays et suis vraiment enchanté de l’avoir mis sur ma liste des impératifs à visiter.

Plantons maintenant le décor : entre la frontière et la capitale, je n’avais vu que des plaines parfois bordées de fermettes en bois. A l’entrée de Minsk, le paysage mue radicalement, la ville semble en pleine expansion, des quartiers entiers sont en construction, routes, barres d’immeubles tous similaires …
Le centre ville est quant à lui gigantesque: l’architecture stalinienne accapare le regard, les bâtiments sont véritablement imposants, les avenues très larges et les symboles de l’Union Soviétique présent à peu près partout, la ville est d’une propreté impeccable.
Ceci étant, les gens semblent vivre tout à fait normalement! Bien malin le touriste qui pourrait dire « je suis en train de visiter une dictature » simplement en regardant autour de lui.

Le seul élément qui peut à le limite donner une piste, c’est la publicité (certain l’appelleront de la propagande) pour la journée nationale et appelant à la fierté d’être biélorusse, ainsi que quelques affiches ou l’on voit Loukachenko (le président Biélorusse) entouré de diverses équipes de sport. En effet, Loukachenko aime le sport et tient à ce que ça se sache. Vous imaginez Sarkozy avec l’équipe de France de foot sur des 3m x 4m placardés partout dans Paris ?

Voir toutes les photos  de Biélorussie (Minsk, Brest)

Le plan du séjour est le suivant : en compagnie de Elena et d’Alexandrina ( une amie d’Elena qui m’hébergera également) nous partons le lendemain matin pour Brest, sud de la Biélorussie, ou nous serons hébergés par Sergey et Yuri pour 2 jours avant de revenir sur Minsk. Après 4h de train couchette, avec cocktails à base de vodka et sandwichs préparés par Alexandrina, nous arrivons à la gare sous la canicule.
Nos hôtes nous guident à travers la ville, jolie ville tranquille, verte, dans laquelle on passerait bien ses vacances. Sauf celles d’hiver pour éviter de congeler. Au passage, Yuri, d’origine russe, me précise qu’ici et contrairement à la Russie, le KGB n’a pas été renommé en FSB; le nom est bel et bien le même, toujours affiché sur le bâtiment par ailleurs.
Ce séjour à Brest était très agréable, on ne se sent en rien sous une dictature. Tout ici est normal en apparence.

Retour à Minsk, je ne me lasse pas de ces bâtiments: c‘est moche mais grandiose. Alexandrina devant travailler à 7h du mat, je me retrouve dehors aux alentours de 6h30 avec mon sac. Le soleil est déjà haut et la ville vide….à l’exception des milliers de gardes bordant les artères principales …et moi! Ahhhhhhhhhhh, nous y voilà !!

L’image est surréaliste et je n’ai bien évidemment pas pu prendre de photos. Mais imaginez un instant, ces rues immenses flanquées d’immeubles aussi massifs qu‘imposants, vides à l’exception de milliers de gardes privés (un tous les 10m, et je n’exagère pas)! Effectivement, c’est le jour national aujourd’hui, et afin d’éviter un nouvel attentat, on a pris des précautions.

Je pensais qu’on m’empêcherait de me promener mais non: mon sac à dos attise toujours la curiosité et m’attire par là même une certaine sympathie. Un garde me demandera tout de même si il peut le fouiller alors que je veux traverser la plus grosse artère, je suis ravi de lui répondre que « конечно » (bien-sûr) en me marrant. Rira bien qui rira le dernier, il me demande d’où je viens, « français ?? Ah ah ah … coupe du monde….coach Raymond Domenech … Now Laurant Blanc, better !! » C’est qu’il en connait des choses le bougre !!! On se marre un peu, puis je dois le laisser afin qu’il puisse continuer à ne rien faire.

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Ai-je précisé que les statues de Lénine sont omniprésentes ici ? Pas à tous les coins de rues mais presque. Je ne parle pas de la faucille et du marteau qui trônent toujours sur la plupart des buildings. Loukachenko n’est pas communiste mais se sert de cet héritage pour s’attirer les faveurs des anciennes générations.
C’est qu’ici voyez-vous, la dictature est rudement bien foutue: pas assez dure pour choquer la Communauté Internationale ou permettre une révolte massive, pas assez souple pour laisser les biélorusses libres de leur mouvements. Vraiment bien fichu!
J’ai beaucoup parlé avec les biélorusses, je n’en ai pas trouvé UN SEUL qui apprécie sa condition. Il faut dire qu’ils avaient tous moins de 40ans. De façon générale, les plus jeunes contestent le régime, les plus âgés le supportent. Ah ma question « pourquoi ? », la réponse est sans appel « ici les gens se souviennent qu’il y a 20 ans on avait pas à manger. Alors entre la nourriture et la démocratie, nous on choisi la nourriture ». Que voulez-vous répondre à ça…
Il faudra donc probablement attendre le déclin de la vieille génération pour avoir du changement dans ce pays.

Une dernière anecdote qui vaut son pesant de cacahuètes: lors de mon retour en bus sur Vilnius, celui-ci s’arrête comme prévu dans une petite ville frontalière, côté biélorusse toujours. Montent alors quatre dames, quinquagénaires, chacune armées d’énormes sacs et de … tournevis. C’est vrai qu’un bon tournevis pour voyager, c’est toujours utile, en plus j’ai oublié le mien, du coup mes sentiments oscillent entre jalousie et curiosité. Précision, je suis toujours l’unique touriste: et donc le seul qui sera étonné et subjugué par ce qui va suivre. Les autres gens n’y prêtant pas la moindre attention ou à l’inverse filent un coup de main !
Ces énormes sacs contiennent des cartouches de cigarettes, 600 cartouches selon mes estimations. Et les tournevis servent tout simplement à démanteler le sol du bus !!! Imaginez: le bus roule, les nanas démontent le sol partout, cachent 600 cartouches de clopes, puis referment le tout sous l’œil bienveillant du chauffeur qui surveille le bon déroulement des opérations. Je suis aux anges d’être au premier rang, je regarde un peu trop attentivement d’ailleurs ce qui ne plait pas à la plus grosse du quatuor :)

Bref: il faut faire vite, la frontière approche. J’admire l’organisation méticuleuse avec laquelle ça se passe : le bus s’arrête 500m avant les contrôles douaniers, laisse descendre 2 femmes qui passeront la frontière à pied (autant pas tous se faire chopper si ça tourne au vinaigre), les autres restent. Elles stressent, sont inquiètent et ça se voit. Les douaniers biélorusses se foutent royalement de ce qui sort du pays, les douaniers lituaniens quant à eux ne trouveront rien. C’est quand même génial, tout le monde SAIT tout dans le bus !! :)

Les contrôles se passent sans encombre, le temps de me marrer en lisant un panneau disant qu’ici la corruption ne fonctionne pas. On repart, 500m après la frontière le bus stop, on reprend nos 2 nanas qui sont passées à pied entre temps, elles font à nouveau chauffer le tournevis pour démonter le bus, remplissent leur sac noirs, revissent le sol. Ni vues ni connues. Enfin si, vues par tous. 1 km avant l’arrivée à Vilnius, le chauffeur s’arrête, nos nanas descendent et chargent les énormes sacs dans une voiture qui les attends, le chauffeur reçoit une enveloppe de cash, fin de l’histoire. Maintenant je sais comment les clopes (ou autres substances) peuvent passer en toute tranquillité !!
D’après mes calculs et si elles vendent tout, ces femmes ont chacune gagné l’équivalent d’un mois de salaire biélorusse, soit entre 200€ et 300€ environ.

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Ce pays m’a beaucoup touché. J’ai aimé ces gens, russes de mentalité, européens d’aspiration. Ils sont simples, avenants, frustrés de ne pouvoir voyager quand et où bon leur semble. Je n’ai pas aimé les admirateurs de Staline (cf photos) brancardant son portrait, mais après tout, y’a des cons partout.
Si je devais résumer, je qualifierai ce pays d’Union Soviétique Capitaliste. Paradoxal certes, mais c’est exactement ce qu’est ce pays, un paradoxe politique, humain, économique.

Depuis le temps que je rêvais d’y aller, de voir à quoi ressemblait la dernière dictature d’Europe, de voir ce pays dont l’UE se contrefout bien qu‘étant à ses portes, de me forger ma propre opinion, de discuter avec des gens qui y vivent au quotidien …

Peu de touristes vont en Biélorussie: le pays est méconnu, les visas chers et pénibles à obtenir, le climat  pas forcément attractif, sa réputation n’est pas des meilleures, il n’y a absolument aucune infrastructure touristique, peu de gens parlent anglais… bref aucun intérêt. D’où l’intérêt.

Le contrôle douanier se fait en 4 étapes : contrôle du passeport, contrôle du bus, contrôle du passeport bis, contrôle des bagages. Lors de ce dernier, un policier me demande « Што гэта ?», mon niveau de russe est suffisant pour comprendre qu’il veut savoir ce que contient mon sac, je prends soin de répondre en anglais pour couper court aux explications, ça marche, il répond « oh » comprenant qu’il s’adresse à un touriste et change d‘avis quant à la fouille de mon sac. Pas de contrôle pour moi! Même les douaniers sont surpris de voir un touriste, je jubile J
Le simple fait de m’avoir entendu parler anglais suffit d’ailleurs à intriguer un biélorusse voyageant avec moi; il me demande d’où je viens,  nous tapons la causette, me dit qu’il ne voit jamais de touristes ici et que je vais être dépaysé. Oué, j’attends de  voir.

Pour obtenir un visa en Biélorussie, il faut bien évidemment renseigner les autorités sur votre lieu d’hébergement au préalable, puis aller s’enregistrer dans les 72h suivant votre arrivé, dans un bureau officiel. Soyons clair, si vous ne parlez pas russe ou n‘êtes pas aidé par des locaux, il est impossible de remplir cette formalité, importante si vous voulez éviter les soucis. J’avais fourni l’adresse de Elena, mon hôte biélorusse à Minsk rencontrée comme toujours via couchsurfing.
Arrivé à la gare et Elena travaillant jusqu’à 20h, je vais devoir patienter un peu plu d’une heure. Qu’importe, c’est l’occasion parfaite pour me familiariser avec mon nouveau pays d‘accueil, regarder, voire dévisager ces gens que je n’ai jamais eu la chance de rencontrer.

20 minutes après mon arrivée, je suis dérangé en plein travail d’évaluation critique de mini jupes et de talons hauts, par 4 jeunes. Interloqués par mon sac à dos, ils s’approchent et me demandent en russe sa contenance: je réponds « 68 Litres » en anglais et la conversation s’engage pour 1h. Ils parlent très correctement la langue de Shakespeare, les questions sont les mêmes que souvent (d’où tu viens, pour combien de temps etc…) mais il est vraiment plaisant d’y répondre vu leur état d’esprit.

Je trouve quand même extraordinaire ces gens, qui, bien que ne pouvant pas quitter leur pays, s’ouvre si facilement à l’étranger, voire mieux, viennent lui faire la causette sur un bout de trottoir, tout en lui offrant des chocolats et un endroit ou dormir si besoin est. Génial, j’adore déjà ce pays et suis vraiment enchanté de l’avoir mis sur ma liste des impératifs à visiter.

Plantons maintenant le décor : entre la frontière et la capitale, je n’avais vu que des plaines parfois bordées de fermettes en bois. A l’entrée de Minsk, le paysage mue radicalement, la ville semble en pleine expansion, des quartiers entiers sont en construction, routes, barres d’immeubles tous similaires …
Le centre ville est quant à lui gigantesque: l’architecture stalinienne accapare le regard, les bâtiments sont véritablement imposants, les avenues très larges et les symboles de l’Union Soviétique présent à peu près partout, la ville est d’une propreté impeccable.
Ceci étant, les gens semblent vivre tout à fait normalement! Bien malin le touriste qui pourrait dire « je suis en train de visiter une dictature », simplement en regardant autour de lui.
Le seul élément qui peut à le limite donner une piste, c’est la publicité (certain l’appelleront de la propagande) pour la journée nationale et appelant à la fierté d’être biélorusse, ainsi que quelques affiches ou l’on voit Loukachenko (le président Biélorusse) entouré de diverses équipes de sport. En effet, Loukachenko aime le sport et tient à ce que ça se sache. Vous imaginez Sarkozy avec l’équipe de France de foot sur des 3m x 4m placardés partout dans Paris ? J

Le plan du séjour est le suivant : en compagnie de Elena et d’Alexandrina ( une amie d’Elena qui m’hébergera également) nous partons le lendemain matin pour Brest, sud de la Biélorussie, ou nous seront hébergés par Sergey et Yuri pour 2 jours avant de revenir sur Minsk. Après 4h de train couchette, avec cocktails à base de vodka et sandwichs préparés par Alexandrina, nous arrivons à la gare sous la canicule.
Nos hôtes nous guident à travers la ville, jolie ville tranquille, verte, dans laquelle on passerait bien ses vacances. Sauf celles en hiver pour éviter de congeler. Au passage, Yuri, d’origine russe, me précise qu’ici et contrairement à la Russie, le KGB n’a pas été renommé en FSB; le nom est bel et bien le même, toujours affiché sur le bâtiment par ailleurs.
Ce séjour à Brest était très agréable, on ne se sent en rien sous une dictature. Tout ici est normal en apparence.

Retour à Minsk, je ne me lasse pas de ces bâtiments: c‘est moche mais grandiose. Alexandrina devant travailler à 7h du mat, je me retrouve dehors aux alentours de 6h30 avec mon sac. Le soleil est déjà haut et la ville vide….à l’exception des milliers de gardes bordant les artères principales …et moi! Ahhhhhhhhhhh, nous y voilà !!

L’image est surréaliste et je n’ai bien évidemment pas pu prendre de photos. Mais imaginez un instant, ces rues immenses flanquées d’immeubles aussi massifs qu‘imposants, vides à l’exception de milliers de gardes privés (un tous les 10m, et je n’exagère pas)! Effectivement, c’est le jour national aujourd’hui, et afin d’éviter un nouvel attentat, on a pris des précautions.
Je pensais qu’on m’empêcherait de me promener mais non: mon sac à dos attise toujours la curiosité et m’attire par là même une certaine sympathie. Un garde me demandera tout de même si il peut le fouiller alors que je veux traverser la plus grosse artère, je suis ravi de lui répondre que « конечно » (bien-sûr) en me marrant. Rira bien qui rira le dernier, il me demande d’où je viens, « français ?? Ah ah ah … coupe du monde….coach Raymond Domenech … Now Laurant Blanc, better !! » C’est qu’il en connait des choses le bougre !!! On se marre un peu, puis je dois le laisser afin qu’il puisse continuer à ne rien faire.

Ai-je précisé que les statues de Lénine sont omniprésentes ici ? Pas à tous les coins de rues mais presque. Je ne parle pas de la faucille et du marteau qui trônent toujours sur la plupart des buildings. Loukachenko n’est pas communiste mais se sert de cet héritage pour s’attirer les faveurs des anciennes générations.
C’est qu’ici voyez-vous, la dictature est rudement bien foutue: pas assez dure pour choquer la Communauté Internationale ou permettre une révolte massive, pas assez souple pour laisser les biélorusses libres de leur mouvements. Vraiment bien fichu!
J’ai beaucoup parlé avec les biélorusses, je n’en ai pas trouvé UN SEUL qui apprécie sa condition. Il faut dire qu’ils avaient tous moins de 40ans. De façon générale, les plus jeunes contestent le régime, les plus âgés le supportent. Ah ma question « pourquoi ? », la réponse est sans appel « ici les gens se souviennent qu’il y a 20 ans on avait pas à manger. Alors entre la nourriture et la démocratie, nous on choisi la nourriture ». Que voulez-vous répondre à ça…
Il faudra donc probablement attendre le déclin de la vieille génération pour avoir du changement dans ce pays.

Une dernière anecdote qui vaut son pesant de cacahuètes: lors de mon retour en bus sur Vilnius, celui-ci s’arrête comme prévu dans une petite ville frontalière, côté biélorusse toujours. Montent alors quatre dames, quinquagénaires, chacune armées d’énormes sacs et de … tournevis. C’est vrai qu’un bon tournevis pour voyager, c’est toujours utile, en plus j’ai oublié le mien, du coup mes sentiments oscillent entre jalousie et curiosité. Précision, je suis toujours l’unique touriste: et donc le seul qui sera étonné et subjugué par ce qui va suivre. Les autres gens n’y prêtant pas la moindre attention ou à l’inverse filant un coup de main !
Ces énormes sacs contiennent des cartouches de cigarettes, 600 cartouches selon mes estimations. Et les tournevis servent tout simplement à démanteler le sol du bus !!! Imaginez: le bus roule, les nanas démontent le sol partout, cachent 600 cartouches de clopes, puis referment le tout sous l’œil bienveillant du chauffeur qui surveille le bon déroulement des opérations. Je suis aux anges d’être au premier rang, je regarde un peu trop attentivement d’ailleurs ce qui ne plait pas à la plus grosse du quatuor J
Bref: il faut faire vite, la frontière approche. J’admire l’organisation méticuleuse avec laquelle ça se passe : le bus s’arrête 500m avant les contrôles douaniers, laisse descendre 2 femmes qui passeront la frontière à pied (autant pas tous se faire chopper si ça tourne au vinaigre), les autres restent. Elles stressent, sont inquiètent et ça se voit. Les douaniers biélorusses se foutent royalement de ce qui sort du pays, les douaniers lituaniens quant à eux ne trouveront rien. C’est quand même génial, tout le monde SAIT dans le bus !! J
Les contrôles se passent sans encombre, le temps de me marrer en lisant un panneau disant qu’ici la corruption ne fonctionne pas. On repart, 500m après la frontière le bus stop, on reprend nos 2 nanas qui sont passées à pied entre temps, elles font à nouveau chauffer le tournevis pour démonter le bus, remplissent leur sac noirs, revissent le sol. Ni vu ni connu. Enfin si, vu par tous. 1 km avant l’arrivée à Vilnius, le chauffeur s’arrête, nos nanas descendent et chargent les énormes sacs dans une voiture qui les attends, le chauffeur reçoit une enveloppe de cash, fin de l’histoire. Maintenant je sais comment les clopes (ou autres substances) peuvent passer en toute tranquillité !!
D’après mes calculs et si elles vendent tout, ces femmes ont chacune gagné l’équivalent d’un mois de salaire biélorusse, soit entre 200€ et 300€ environ.

Ce pays m’a beaucoup touché. J’ai aimé ces gens, russes de mentalité, européens d’aspiration. Ils sont simples, avenants, frustrés de ne pouvoir voyager quand et où bon leur semble. Je n’ai pas aimé les admirateurs de Staline (cf photos) brancardant son portrait, mais après tout, y’a des cons partout.
Si je devais résumer, je qualifierai ce pays d’Union Soviétique Capitaliste. Paradoxal certes, mais c’est exactement ce qu’est ce pays, un paradoxe politique, humain, économique.