01/08/2010

Russie: Moscou – Irkoutsk en Transsibérien

Russie: Moscou – Irkoutsk en Transsibérien

Je ne m’attendais pas particulièrement à apprécier Moscou, je me suis mis le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Autant Saint-Pétersbourg que j’ai si souvent fréquenté est essentiellement orienté « Europe » de part ses influences, son histoire et son tourisme, autant Moscou est un immense mélange du genre humain: ou que se pose votre regard, vous ne pourrez que remarquer la forte proportion de russes aux yeux bridés, venus des confins du pays.

MOSCOU

Moscou représente la porte de l’Eurasie, une transition tranquille et douce entre Europe et Asie opérée via le célèbre Transsibérien.

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La vie à Moscou est chère, tant pour son immobilier (ville la plus chère du monde devant New-York) que pour son niveau de vie moyen. Pour ma part, j’ai opté pour l’auberge de jeunesse: une chambre partagée avec deux suédois, un psychopathe camerounais, trois australiens, une japonaise, un serbe et un mexicain en la personne d’Enrique avec qui je passerai pas mal de temps, trop heureux de passer de l’anglais à l’espagnol pour une fois. Après avoir bien (trop) profité de la nuit moscovite en compagnie de mon ami mexicain et de 2 allemandes travaillant à l’auberge de jeunesse depuis quelques mois, je pars à la découverte de cette mégalopole chargée d’histoire. Pour ce faire, je serai assisté par Katerina, rencontrée via couchsurfing, adorable et infatigable poupée russe de 19 ans (j’insiste sur l’âge, ça évitera les commentaires vaseux :) ). En sa compagnie, je parcourrai Moscou à raison d’environ 5h de marche par jour, sous des températures comprises entre 35°C et 44°C !

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Je ne m’étendrai pas sur les merveilles de cette ville, trop nombreuses pour être citées en quelques lignes. Toutefois, je ne peux m’empêcher de souligner la beauté de la Place Rouge de nuit, c’est à tomber le cul par terre. Dans un autre registre, j’ai été subjugué par le mausolée de Lénine: je trouve absolument fascinant de pouvoir contempler l’Histoire avec un « H », ce personnage (controversé et controversable) que nous connaissons tous via nos livres d’histoire et qui était là sous mes yeux, dans une ambiance étrange, un silence religieux et des militaires en costumes d’apparats. Enfin, je vous passe le côté impressionnant des sept bâtiments staliniens disséminés de ci de là dans Moscou, de ses nombreux monastères, stations de métro grandioses et j’en passe …

Pour conclure, j’aurais pu vous pondre sans aucun soucis un pavé sur Moscou, vantant les mérites et la diversité de cette ville tout autant que l’absence de sourires et le côté bourru de ses habitants (à l’exception de ceux rencontrés via couchsurfing). Mais je me DOIS de vous parler du Transsibérien, étape majeure de mon voyage.

TRANSSIBERIEN
Mon rêve était de faire un tour du monde; l’un de mes rêves dans ce rêve était le Transsibérien. Le voilà sur le point de se réaliser.
Mon but est de rallier la Mongolie; je dois donc aller de Moscou jusqu’à Irkoutsk (Sibérie), soit 5200 kms « seulement » sur les 9288 kms que comporte la totalité de la plus grande ligne ferroviaire du monde, s’étendant jusqu’à Vladivostok.
Regardez vous-même le parcours de mon voyage, j’ai fait presque autant de chemin en 4 jours qu’en 3,5 mois !

Pour acheter les billets au meilleur prix et éviter de passer par une agence comme le font quasi tous les voyageurs, il faut aller soit même à la gare. Inutile de vous dire que sans Katerina, je n’y serai jamais arrivé, le personnel ne parlant que russe.

Quelques chiffres comme j’aime à le faire de temps en temps :
- 5200 kms: Moscou – Irkutsk
- 87h de trajet, soit 4 jours de voyage environ (j’ai vraiment des rêves à la con)
- 250€ le prix du billet en 2e classe (le train en comporte trois)
- 79 arrêts allant de 1 à 35 minutes.
- 5 changements de fuseau horaire lors de ce trajet là.

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A l’idée de passer 87h confinées dans un compartiment de 4 personnes, je me maudissais, l’épreuve me paraissant insupportable. Non mais c’est vrai quoi, j’ai déjà du mal à supporter les 5h de Paris – Mont de Marsan, alors là …
Oh … autre détail d’importance tout de même: pas de douches pendant 4 jours bien évidemment. Sympa par 40°C, non ? :)

Après m’être fait quelques frayeurs pour trouver la bonne gare (heureusement j’étais parti en avance et un garde sympa m’a filé un coup de pouce), je monte dans le train. Auparavant, coup d’œil rapide pour juger de la composition de mon wagon: que des russes, sauf un couple de touristes. Marrant de voir à quel point il est facile de distinguer les uns des autres  :)

Alors certes, j’aurais aimé partager mon compartiment avec 3 des si nombreuses créatures de rêve vivant ici, mais me doutant bien du caractère improbable de la chose, mes prières était plutôt orientées à l’inverse: pourvu que je n’ai pas trois russes bien lourds et bien bourrés (l’un allant généralement de paire avec l’autre) à me supporter pendant 4 jours. Non pas que cela me dérange outre mesure, mais ce que j’aime par-dessus tout c’est échanger avec les locaux; or par expérience, il est difficile d’échanger autre chose que des « santé » et des « Nazdrovie » dans ces conditions.

Pour la composition du wagon: j’aurai tout le long du voyage un grand père sympa ainsi que son petit fils, 10 ans, à qui je servirai de professeur de français et d’espagnol. La dernière couche sera successivement utilisée par une gamine muette, une blonde …blonde, un pompier avoisinant les 110 kgs, une mamie avec son petit fils.
Ma couchette est située à 2m de hauteur et d’emblée de jeu, je détruis que dis-je, j’explose à grand fracas, le harnais de sécurité destiné à m’empêchant de me rompre le cou lors d’un éventuelle chute nocturne. Quelle vie risquée j’ai hein ? :)

Le harnais rompu, j’engage la discussion avec le grand père aussi sympa que ronfleur, mais ça je le découvrirai plus tard. Toutefois du fait de la barrière du langage, la conversation n’est pas passionnante plus de 5 minutes.
Pour éviter un long moment de solitude, je pars à la recherche des deux touristes que j’ai aperçu en montant et qui dorment dans le même wagon que moi, à deux compartiments de là. Il s’agit d’un couple d’italiens, parfaitement bilingue français: le courant passe immédiatement, les blagues s’enchaînent, les éclats de rires sont francs. J’le sens bien ce voyage bordel !

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Ce voyage justement, figurait en bonne position sur ma « liste de vie » (j’y reviendrai plus tard), et je retire de ce Transsibérien une extraordinaire expérience de vie.
Je m’attendais à voir des paysages de rêve, et sur ce plan là je suis un peu déçu; certes c’est beau mais ça ne varie pas beaucoup, du moins pas jusqu’à Irkoutsk. Nous avons traversé l’Oural et la Sibérie, la Toundra et la Taïga, j’ai retrouvé les paysages vus/décrits dans le célèbre « Barbier de Sibérie » mais au final, ça n’est pas ce que je retiendrai du Transsibérien.

Non, ce qui restera comme le souvenir principal de ce trip, une fois de plus, c’est l’expérience humaine. Il est vraiment drôle d’observer le comportement des passagers et c’est encore plus passionnant d’en être parti prenant. Les voyageurs savent qu’ils sont ensemble pour 4 jours et qu’ils n’ont pas d’autre alternative que de communiquer, il n’est pas possible de s’éviter vu la promiscuité du lieu. Donc à moins de vouloir jouer la carpe pendant ces 4 jours, il est capital de parler rapidement, de nouer contact avec les autres. Et à ce petit jeu là: les européens sont les grands vainqueurs !

Passé les premières heures avec Walter et Mile (les italiens), nous commençons à essayer de parler avec quelques russes. Tous ceux qui nous ont parlé étaient persuadés que Walter, Mile et moi nous connaissions depuis des lustres vu la spontanéité de nos éclats de rire: c’est « anormal » d’un point de vue typiquement russe d’être si à l’aise avec quelqu’un que vous connaissez à peine. Toutefois, j’ai pu percevoir un peu d’envie voire de jalousie peut être à ce sujet. C’est juste que ça ne fait pas partie des codes ici ou alors que cela nécessite de s’abreuver généreusement avant.

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Nous avons au final discuté avec pas mal de russes, à grand renfort de gestes et d’anglais basique. Une petite fille parlant anglais, une adolescente parlant français, quelques russes baragouinant un peu tout, un chinois parlant un bon anglais également etc… tout ce beau monde se réunissait dans un joyeux bordel et ainsi passa la vie durant ces 4 agréables jours.

Vous saviez déjà qu’il n’y a pas de douches. Et la bouffe me direz-vous ? Ca c’est drôle. Effectivement, il y a un wagon restaurant mais c’est cher pour ce que c’est. Tout le monde fait donc le plein de vivres avant de partir, mais vous pouvez également acheter de quoi vous restaurer sur les quais, lorsque le train marque des arrêts de plus de 10 minutes et que vous pouvez descendre. Au passage, attention à ne pas trop s’éloigner: ici pas de sifflets, le train part, tant pis si vous êtes trop loin. A l’occasion de ces arrêts, le quai fourmille de vie, des gens de tous âges vendent des plats cuisinés, des salades composées, de la bouffe lyophilisée, des boissons en tout genre etc…

Pour ma part, j’avais emporté 3kgs de nourriture et 3 litres d’eau. Essentiellement des fruits, des gâteaux secs, des noodles (nouilles lyophilisées, nourriture essentielle à tout voyageur usant du transsibérien car par chères et ne nécessitant que de l’eau chaude, dispensée à volonté tout au long du voyage).
Très vite, tout le monde partage sa nourriture et change de compartiment pour partager un moment amical.

Petit détail qui à son importance:  les WC sont dégueulasses et la commission, indépendamment du fait qu’elle soit numéro 1 ou numéro 2 tombe directement sur les voies. C’est la raison pour laquelle les WC sont fermés par la provodnitsa (= gardien/ne présent dans chaque wagon pour veiller au confort relatif des passagers) un peu avant l’entrée en gare. Ca ferait désordre sinon, pendant que votre voisin achète de quoi se restaurer sur le quai à 1m de là, non ? :)

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Au final, je n’ai absolument pas trouvé ces 87h longues. Paradoxalement je crois que je trouverai toujours aussi insupportables ces 5h entre Paris et Mont de Marsan! J’ai adoré cette expérience de vie, dormir selon le lever/coucher du soleil; Il faut bien vous fier au soleil, car vous ne savez plus trop quelle heure il est, ni quel est votre référentiel. Toutes les gares de Russie sont à l’heure de Moscou, et pourtant vous changez 5 fois d’heure pendant ce trajet !! Perturbant :)

Bref, nous arrivons à Irkoutsk à 4h46 heure moscovite, 9h46 heure locale, la température est redevenue acceptable et nous nous séparons avec mes amis italiens. Provisoirement du moins: mon plan est de rester à Irkoutsk puis d’aller voir le Lac Baïkal pour 2 jours, le leur est d’aller sur l’île d’Oljon réputée pour sa beauté, également sur ce lac. Nous nous retrouverons si tout va bien la semaine prochaine, pour partir ensemble direction la Mongolie.

J’en ai donc fini avec le Transsibérien, mais nous emprunterons le Transmongolien – entre Irkutsk (Russie) et Oulan-Bator (Mongolie) – , qui est exactement le même train mise à part le changement de nom à la frontière. Il me tarde de voir ce lac puis de foncer en Mongolie, état connu pour la beauté de ses paysages.
Et vous n’imaginez pas combien j’ai hâte d’y être !!!